
Après une formation tournée vers l’international, Vanessa LOGERAIS débute sa carrière dans les réseaux institutionnels et associatifs européens avant de se
tourner vers le monde de l’entreprise. Elle acquiert de nombreuses compétences
qui lui permettent d’évoluer tout d’abord vers des postes de directrice conseil et
développement en communication jusqu’à son poste actuel de fondatrice et
dirigeante de PARANGONE.
Pourriez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours pour arriver à
votre fonction actuelle?
“Je dirige actuellement l’agence Parangone, spécialisée en conseil RSE et
leadership sociétal. L’agence Parangone intervient auprès des entreprises,
organismes publics d’état, territoires et fédérations professionnelles, pour
construire des stratégies de RSE et de leadership sociétal, accompagner les
réflexions sectorielles (climat, biodiversité, eau, bâtiment, transport et logistique,
tourisme fluvial, santé…) et adapter les pratiques managériales et
organisationnelles face aux grands enjeux économiques, sociétaux et
environnementaux.
Je suis titulaire d’un DESS de négociation commerciale internationale (Sorbonne
Nouvelle), diplômée d’Oxford Brookes University (Business Studies) et j’ai
effectué une année de DEA de géopolitique européenne. J’ai d’abord travaillé
pour les réseaux associatifs européens, institutions culturelles et collectivités
avant de rejoindre le Groupe DDB, puis Le Public Système (Hopscotch Group),
en tant que directrice conseil et développement en communication événementielle
et communication globale à 360°.
Ce parcours a été essentiellement guidé par un besoin et une envie d’ouverture
sur le monde : comprendre le contexte international, l’histoire de la construction
européenne, les courants politiques et culturels, les modèles économiques qui ont
façonné notre monde contemporain, les réalités du monde de l’entreprise et les
liens entre celle-ci et les politiques publiques. Tout en explorant les techniques de
la communication et de la médiation entre les publics.
La création de Parangone : les difficultés ? le parcours ? vos convictions ?
Il y a 11 ans, cette exploration, doublée d’une sensibilité de longue date aux
enjeux environnementaux, m’a conduit à une conviction : celle que nous avions
fait fausse route. Après avoir côtoyé les grandes entreprises dans le cadre de ma
fonction au sein d’agences de communication, j’ai compris que les business
modèles des entreprises ne prenaient pas suffisamment en compte l’impact de leur
activité sur la société, en favorisant le profit financier à court terme. En 2009, j’ai donc consacré une année à me former aux enjeux du développement durable pour
me consacrer entièrement à ce chantier aussi complexe que passionnant.
A ce moment là commençait à se diffuser en France le concept de responsabilité
sociétale de l’entreprise – concept qui était loin d’être nouveau puisqu’il
remontait à 1953, exprimé par un économiste américain – , et le Grenelle de
L’Environnement (2007) avait posé dans notre pays les bases d’une mise en
mouvement des territoires et des entreprises pour poser les bases d’une économie
plus responsable et plus inclusive.
Le modèle dominant du capitalisme a en effet privilégié ce dernier siècle la
rentabilité financière aux dépens de l’humain et de son environnement, avec des
conséquences graves, et aujourd’hui quasi irréversibles, sur nos environnements
de vie : production et consommation intensives, surexploitation des ressources
naturelles, perte de vue des questions éthiques et déontologiques…
Un certain nombre d’entreprises ont été pionnières pour amorcer un virage à
travers de solides stratégies RSE telles que le Groupe La Poste ou le groupe
Konica Minolta, la MAIF, ou Danone, pour les plus avancées, et beaucoup
d’autres.
Parallèlement la gouvernance internationale et nationale a construit
progressivement un certain nombre de référentiels pour guider les organisations
vers une meilleure prise en compte de leur impact social et environnemental.
Parangone a donc été fondée sur l’ambition de creuser ce sillon pour faire école
auprès des entreprises et des organisations pour construire une stratégie RSE
alignée sur ces référentiels (Global Compact, ODD, ISO 26000…)., et plus
globalement de sensibiliser aux enjeux sociaux et environnementaux.
Sa mission est aujourd’hui de « faire avancer la responsabilité sociétale des
organisations avec authenticité et efficacité, en informant, en formant et en
connectant aux réseaux d’action et aux solutions concrètes.
Elle est aujourd’hui en passe de se constituer Entreprise à mission.
https://parangone.org
Les conditions du succès ? Est-ce qu’il y a une recette miracle pour réussir en
RSE ? Quelles sont les compétences essentielles ?
Avant toute chose : la curiosité, le sens critique et le bon sens ! « Comment en
sommes-nous arrivés à une société et un système économique qui privilégient la consommation et le bien-être de quelques-uns en pillant notre capital naturel, en
négligeant notre capital humain et en ignorant les répercussions des activités
économiques d’une partie du monde sur l’autre partie ? »
Le souci de transparence, d’authenticité et d’impact : la RSE s’accorde avec ces
valeurs clés qui protègent du « green-washing » par une démarche sincère
d’amélioration continue, sur la base de plans d’actions concrets et d’indicateurs
de suivi et d’impact.
L’exigence de documentation : la connaissance des sources scientifiques en
matière de développement durable (GIEC, IPBES…) ainsi que la veille
réglementaire et législative sont indissociables de la fonction de responsable RSE.
L’ouverture vers les parties prenantes : les collaborateurs, les clients, les
fournisseurs, les partenaires associatifs, les actionnaires…un bon responsable RSE
est avant tout un manager ouvert vers les parties prenantes au sein et à l’extérieur
de l’entreprise, pour co-construire des engagements solides et durables.
La persévérance : la réussite d’une démarche RSE peut prendre du temps car c’est
une démarche de transformation profonde qui peut se heurter à de nombreuses
résistances au changement et idées préconçues : « pourquoi faire autrement alors
que l’on a toujours fait comme ça… » ; « l’environnement c’est bon pour les bobo
écolo…nous il faut que l’on gagne notre vie » ; « La RSE, c’est des contraintes en
plus».
La capacité à travailler en transversal : la RSE a pour vocation à infuser
l’ensemble de l’organisation jusqu’au plus haut niveau de décision. Elle est par
ailleurs très étroitement liée au management des ressources humaines, à la
communication et au marketing. Un bon manager RSE devra être en mesure de
créer cette dynamique transversale en dialogue avec de nombreux autres
services. »
Avez-vous des modèles ? Des inspirations ?
Il y en a beaucoup. En premier lieu je dirais des écrivain(e)s, philosophes,
économistes, qui ont questionné notre système, dans ses composantes sociales,
économiques et environnementales et notamment :
Joseph Stigllitz : Le triomphe de la Cupidité – Jeremy Rifkind : Une nouvelle
conscience pour un monde en crise – George Marshall: Le syndrome de
l’Autruche – Hannah Arendt : Condition de l’homme moderne – Simone de
Beauvoir : Le deuxième sexe.
J’ai eu également l’occasion d’interviewer des responsables d’entreprises engagés inspirants et des chercheurs/chercheuses, scientifiques qui ont inspiré de nouveaux modes de pensées sur ce qu’est l’entreprise, notamment :
Blanche Segrestin : Professeur Mines Paris Tech – Pascal Demurger : CEO
MAIF – Emmanuel Faber : ex-CEO Danone – Elisabeth Laville : CEO Utopies –
Gilles Leboeuf : Écologue
Avez-vous des conseils à donner ?
- Lire, se documenter, exercer son sens critique !
- Se sentir acteur du changement en tant que citoyen et professionnel
- Interroger ses pratiques, ses habitudes de vie et de consommation
- S’intéresser au monde du vivant : la nature recèle des merveilles dont nous
nous sommes trop éloignés. - Croire en l’avenir et à l’ effet colibri » : il n’y a pas de fatalité si chacun accepte
de faire sa part à son échelle. - Croire en sa capacité créative en sortant de sa zone de confort.
- Savoir saisir les opportunités pour innover : le monde change, beaucoup reste à
inventer pour fournir de nouveaux produits et de nouveaux services (mobilité,
économie circulaire, solidarité..) - Prendre position et peser collectivement pour faire évoluer les normes vers plus
de responsabilité et d’impact positif - Se protéger des réseaux sociaux et des fake news pour aller chercher de
l’information fiable - Avoir confiance en la capacité de votre génération à changer les codes vers
plus d’inclusion et de respect de notre planète.”
Propos de Vanessa Logerais recueillis par Aurelie. A
