Nos placards dĂ©bordent de produits dâentretien : lessive, liquide vaisselle, nettoyant sols, sprays multi-usages, dĂ©sodorisants⊠Pour chaque usage, lâindustrie a inventĂ© un produit spĂ©cifique, souvent dĂ©clinĂ© en dizaines de versions parfumĂ©es, âultra-efficacesâ ou âĂ©co-responsablesâ.
Depuis quelques annĂ©es, une nouvelle tendance a envahi les rayons : les produits âbioâ ou âvertsâ. Packaging aux tons pastels, slogans rassurants, labels Ă©cologiques⊠Mais derriĂšre cette image plus saine, que valent vraiment ces alternatives ? Et surtout : a-t-on besoin de cette multitude de produits ou quelques basiques comme le savon de Marseille suffiraient-ils ?
I. Le marché des produits ménagers : un poids lourd de la consommation
En 2023, le marchĂ© mondial des produits dâentretien reprĂ©sentait plus de 250 milliards de dollars (Statista).
En France, les mĂ©nages dĂ©pensent en moyenne 230 ⏠par an pour lâentretien de la maison (INSEE).
Trois multinationales dominent le secteur : Procter & Gamble (Ariel, Mr. Propre, Dash), Unilever (Skip, Sun, Cif), et Henkel (Le Chat, Mir).
đ Depuis 2018, les gammes âvertsâ progressent rapidement : selon NielsenIQ, les ventes de produits dâentretien dits âĂ©cologiquesâ ont augmentĂ© de +20 % en 5 ans. Une manne Ă©conomique que les gĂ©ants nâont pas tardĂ© Ă saisir.
II. Produits âbioâ : quelles promesses, quelles rĂ©alitĂ©s ?
Sur lâĂ©tiquette, tout semble parfait : âĂ©coâ, âbioâ, ânaturelâ, ârespectueux de lâenvironnementâ. Mais dans les faits :
- Des labels peu exigeants : un produit peut ĂȘtre certifiĂ© Ăcocert ou Ecolabel avec seulement 10 % dâingrĂ©dients bio, le reste pouvant provenir de la chimie classique.
- Des ingrédients toujours polluants : beaucoup contiennent encore des tensioactifs issus de la pétrochimie, des agents de conservation ou des parfums allergÚnes.
- Des emballages plastiques : presque toujours vendus en bouteilles Ă usage unique.
- Un prix Ă©levĂ© : jusquâĂ 30 % plus cher quâun produit classique, alors que lâimpact Ă©cologique rĂ©el est parfois marginal.
â ïž Exemple : une lessive âbioâ peut contenir du savon vĂ©gĂ©tal issu de lâagriculture biologique⊠mais aussi des dĂ©rivĂ©s pĂ©trochimiques pour la mousse et des colorants inutiles.
Bref, une grande partie de lâoffre actuelle relĂšve plus du greenwashing que dâune rĂ©elle transition Ă©cologique.
III. Le retour aux basiques : savon de Marseille & cie
Avant lâessor de la chimie industrielle au XXe siĂšcle, nos grands-parents entretenaient leur maison avec quelques produits simples, polyvalents et naturels :
- Savon de Marseille : linge, sols, vaisselle, hygiĂšne corporelle.
- Vinaigre blanc : détartrant, désinfectant, désodorisant.
- Bicarbonate de soude : abrasif doux, désodorisant.
- Cristaux de soude : nettoyant puissant pour les graisses.
Selon une Ă©tude de lâADEME (2021), avec seulement 4 produits de base, on peut couvrir 90 % des usages mĂ©nagers.
đĄ Exemple concret :
- Une lessive maison = copeaux de savon de Marseille + eau chaude + bicarbonate.
- Un spray multi-usage = vinaigre blanc + eau + quelques gouttes dâhuile essentielle (citron ou lavande).
IV. Impacts environnementaux et économiques
Les produits ménagers classiques génÚrent :
- Pollution de lâeau : une machine de lessive rejette jusquâĂ 20 g de tensioactifs dans les riviĂšres, perturbant la faune aquatique (WWF).
- Microplastiques : certains produits libÚrent des résidus plastiques invisibles.
- Déchets plastiques : chaque foyer consomme en moyenne 30 bouteilles de produits ménagers par an (Zéro Waste France).
CÎté budget :
- Un foyer français dépense 230 ⏠par an en produits ménagers (INSEE).
- Fabriquer soi-mĂȘme ses produits de base revient jusquâĂ 5 fois moins cher (UFC-Que Choisir).
đ Exemple : un litre de lessive maison coĂ»te environ 0,30 âŹ, contre 3 Ă 6 ⏠en magasin.
V. Quelles alternatives concrĂštes pour les consommateurs ?
Pas besoin dâĂȘtre chimiste ni militant pour changer ses habitudes. Quelques gestes simples suffisent :
1. Réduire le nombre de produits : garder seulement 3 ou 4 basiques polyvalents.
2. Passer au vrac ou au solide : savon de Marseille, savon noir, poudre de bicarbonate.
3. Lire les Ă©tiquettes : se mĂ©fier des mentions vagues (ânaturelâ, âĂ©coâ, ârespectueuxâ).
4. Fabriquer un produit maison par mois : commencer par une lessive ou un spray multi-usage.
5. Choisir des marques transparentes : privilégier les artisans ou coopératives locales.
Les produits âbioâ des grandes marques reprĂ©sentent parfois un petit progrĂšs, mais relĂšvent encore trop souvent dâun marketing trompeur.
Revenir aux basiques comme le savon de Marseille, le vinaigre et le bicarbonate, ce nâest pas un retour en arriĂšre, mais une avancĂ©e Ă©cologique et Ă©conomique. Avec moins de dĂ©chets, moins de pollution et un budget rĂ©duit, câest la planĂšte et notre portefeuille qui respirent. đ
Alors, pourquoi remplir nos placards de dizaines de flacons quand quelques ingrédients simples suffisent à garder la maison propre ?
đ Sources et pour aller plus loin
ADEME (2021) â Ătude sur les produits mĂ©nagers et impact environnemental.
INSEE â DĂ©penses des mĂ©nages en produits dâentretien.
UFC-Que Choisir â Comparatif des lessives Ă©cologiques et traditionnelles.
WWF â Pollution des riviĂšres par les dĂ©tergents.
ZĂ©ro Waste France â Chiffres sur les dĂ©chets plastiques mĂ©nagers.
Statista (2023) â MarchĂ© mondial des produits dâentretien.
NielsenIQ (2022) â Croissance des produits mĂ©nagers Ă©cologiques.
